June 1, 2010
Hindi Zahra, un eclectisme à toute épreuve

Eclectique. Cultivée. Un peu envoûtante, un peu mystérieuse. Surprenante et attachante.

Ce sont là quelques adjectifs qui me viennent à l’esprit quand je repense à Hindi Zahra, une chanteuse qui a su me sublimer et me faire ressentir une joie immense hier au Bataclan; soit le 31 mai 2010.

A l’heure où j’écris ces quelques lignes, d’autres chanceux doivent être entrain de l’écouter au Bataclan où elle a enchaîné deux dates de suite. J’espère qu’ils apprécieront ce moment de grâce musicale et de générosité.

J’ai découvert Hindi Zahra voici quelques mois à travers Beautiful Tango, une chanson extraite de Handmade, son seul et unique album à ce jour. Cette chanson passait en boucle sur Radio Nova. Curieux, j’ai fait un tour sur YouTube où j’ai trouvé d’autres belles chansons de l’artiste telles qu’Imik Si Mik et Stand Up. La fraîcheur, un certain bonheur communicatif et l’éclectisme de ses compositions m’ont tout de suite plu.

Quelques jours plus tard Vibrations, un magazine que je tiens en haute estime, a hautement recommandé dans ses pages Handmade. J’ai aussi appris par la même occasion que Hindi était signée par Blue Note Records, un des meilleurs labels existants à mon sens.

C’est ainsi que je me suis retrouvé avec l’album au format CD et j’en ai beaucoup apprécié les multiples écoutes. Et, surprise, voilà que je vois qu’elle passait au Bataclan. Sans hésiter, j’ai commandé des billets et je me suis retrouvé un soir grisâtre à Paris le 31 mai à faire la queue un peu dubitatif par rapport au potentiel de la chanteuse sur scène. Car, voyez-vous, l’album bien que très plaisant à l’écoute n’en reste pas moins plutôt laid-back du genre qu’on écouterait dans son salon ou devant un coucher de soleil dont on ressentirait les chatoiements au plus profond de l’âme.

Après une première partie où un type seul avec sa guitare, un peu déjanté avec des bouts de Jeff Buckley sous amphétamine sous la peau et répondant au doux (sic!) nom de Oh! Tiger Mountain a assuré une prestation plutôt correcte, une longue attente nous fût imposée et j’ai commencé à trépigner un peu sur mon siège d’impatience. Figurez-vous que j’étais assis en haut de la salle et non dans la fosse. Merci, sans façon, j’ai déjà donné de ce côté-là.

Oui, l’attente fut longue. Mais l’attente fut récompensée. La salle fut parcourue par un sentiment de douce euphorie à l’arrivée de l’artiste et de ses acolytes. D’entrée de jeu, on se serait crus dans le salon de Hindi invités comme les meilleurs des amis. Un salon décoré avec chaleur et beaucoup de goût. Je me suis très vite senti à l’aise, comme si j’étais chez moi. Est-ce la magie berbère de la douce Hindi qui a opéré ? Peu importe. L’essentiel était de déguster les mets sonores qu’elle nous servait en guise d’apéritif. Je m’en suis délecté. Elle a su donner une tonalité et une profondeur à ses chansons qu’on ne retrouve pas sur la version album et c’est tant mieux.

Confortablement installé dans ce salon si agréable, je commencais à y prendre mes aises. Un peu trop d’ailleurs je pense car Hindi l’a remarqué et a sitôt fait de nous prendre à contre-pied. Déchaînée, ensorceleuse, voici que soudain elle nous embarque dans un voyage inter-sidéral à travers des paysages sonores très riches couvrant Soul, Funk, Reggae, Folk, Blues, chants festifs de tradition marocaine et même Rock/Metal!

Le danger d’une telle couverture est bien évidemment la dispersion et la mauvaise interprétation de tel ou tel genre musical. Point de dispersion ici car tout se tenait grâce d’une part à la voix de Hindi, très à l’aise dans tous ces registres, et d’autre part à l’excellent groupe qui l’accompagnait. Des guitaristes hors pair, une choriste qui se plaçait juste comme il faut, un claviériste qui saupoudrait un peu d’électro agréable sur le tout lorsqu’il n’était pas à la basse et enfin un batteur qui soutenait le tout sur ses épaules avec une classe et une efficacité que j’ai rarement constaté ailleurs.

Chère Hindi, je m’incline devant votre Majesté musicale. Je te remercie d’apporter tant de fraîcheur et de culture musicale à une scène où il n’est point facile de se distinguer. Je te remercie pour ta créativité et ta générosité; cette générosité qui nous a enveloppé du début à la fin et qui t’a fait te soumettre à deux rappels de notre part. Je suis arrivé dubitatif dans cette grisaille parisienne et reparti très heureux, le coeur léger et rassuré qu’il y a encore de très belles pépites dans un champ musical miné par les arrivistes et les vendeurs de soupe en brique.

Merci.

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