November 1, 2011
"Malheur à l’homme qui, oubliant son devoir de merveilles, a, par voeu de puissance ou d’avidité, trahi la main tendue et le rite de partage. Mais honneur à ceux qui vont et viennent et partagent avec l’autre la douceur de la halte."

— Trouillot, Lyonel. La belle amour humaine. Pages 166-167. Editions Actes Sud.

October 30, 2011
"Quel talent faut-il à un homme pour qu’au soir de ses funérailles on ne puisse penser qu’à la vie."

— Trouillot, Lyonel. La belle amour humaine. Page 163. Éditions Actes Sud.

August 16, 2011
Pedro Almodóvar, La Piel que Habito et quelques musiques

Lorsque j’ai visionné la bande-annonce de La Piel que Habito, le nouveau film d’Almodóvar, je fus profondément intrigué. “Voilà une proposition nouvelle, qui change et qui -en tant qu’humble spectateur- m’attire et m’invite à la découverte” me suis-je dit. J’ai du la voir une bonne demi-douzaine de fois sans que cela ne me lasse et je pense que les attitudes des personnages mais aussi la musique y sont pour beaucoup.

C’est là un cinéaste essentiel à mon avis. Son amabilité et son sens du partage, que j’ai ressentit à travers l’interview clairsemée de quelques belles pépites musicales qu’il a accordée à Harold Manning sur France Inter, rajoutent de l’épaisseur à cet homme que je respecte et qui m’inspire.

Une scène, entraperçue dans la bande-annonce (à la première minute et trente cinquième seconde), m’est parue immensément éloquente. Celle où Antonio Banderas, magistral et gominé comme un véritable gangster des années 20~30, pointe un revolver, le regard dur et l’expression décidée. Il y en bien évidemment d’autres.

Pour finir, je vous livre cette transcription de quelques paroles dites par Arnaud Viviant de la revue Regards lors de l’émission Le masque et la plume passée sur France Inter le dimanche 31 juillet et que vous pourrez retrouver sur le site de la station :

ll y a un philosophe qui expliquait que le propre de notre époque, une des choses formidables de notre époque, c’est d’avoir réussi à inventer des choses sans leur principe. L’exemple le plus courant c’est le café décaféiné. Il fallait y penser. Tiens ! On va faire un café sans caféine. Ah, ah ça c’est une idée quoi ! C’est une idée ! La bière sans alcool. Fallait y penser. Je veux dire, vraiment… celui que je préfère quand même c’est le fromage 0% de matière grasse. Alors là ! Là, là, là ça commence à être fort. Et donc là, Guillaume Musso, c’est exactement la même chose. C’est de la littérature sans la littérature. Et, je veux dire… c’est pas la peine de le dire. Les gens qui achètent du Musso c’est exactement comme les gens qui boivent du café décaféiné parce qu’ils ont peur de ne pas dormir le soir. Bon et bein, c’est pareil ! Ils achètent de la littérature sans la littérature parce qu’ils savent qu’au fond d’eux-même -et ils ont bien raison- que la littérature ça peut être dangereux. Qu’un livre, ça peut changer votre vie. Que c’est pas indifférent. Ils ont un peu peur de la littérature. Ils n’ont pas envie de s’embarrasser avec ça donc ils lisent de la littérature dont ils savent qu’elle est privée de littérature. C’est à dire Guillaume Musso ou Marc Lévy.

Cela, je pense, s’applique aux autres arts aussi…

April 6, 2010
"Le temps a bien des visages, la pendule mesure rarement celui qui passe en notre for intérieur et qui constitue la véritable durée de la vie, d’ailleurs, une foule de jours pourrait tenir en quelques heures et inversement, le nombre des années est une échelle peu fiable pour mesurer la durée de la vie d’un homme, celui qui meurt à quarante ans a peut-être vécu bien plus longtemps qu’un autre qui part à quatre-vingt-dix."

— Kalman Stefansson, Jon. Entre ciel et terre, pages 92-93. Editions Gallimard.

April 4, 2010
"La vie a cet avantage par rapport à la mort que, d’une certaine manière, tu sais à quoi t’attendre, la mort est en revanche une grande incertitude et il est peu de chose dont l’homme s’accommode aussi mal que l’incertitude, elle est le pire de tout."

— Kalman Stefansson, Jon. Entre ciel et terre, page 90. Editions Gallimard.

April 2, 2010
"La morue se fiche des mots, même des adjectifs comme sublime. La morue ne s’intéresse à aucun mot, pourtant elle nage dans les océans, presque inchangée, depuis cent vingt millions d’années. Cela nous apprend-il quelque chose sur le langage ? Eh bien, nous pouvons peut-être nous passer de mots pour survivre, mais nous en avons besoin de vivre."

— Kalman Stefansson, Jon. Entre ciel et terre, page 70. Editions Gallimard.

March 31, 2010
"Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le coeur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts. Pourtant, à eux seuls, ils ne suffisent pas et nous nous égarons sur les landes désolées de la vie si nous n’avons rien d’autre que le bois d’un crayon auquel nous accrocher."

— Kalman Stefansson, Jon. Entre ciel et terre, pages 68-69. Editions Gallimard.

March 16, 2010
"Je ne suis de nulle part et je ne me déplace plus de moi. Je joue pour moi. Le matin, au génie. Le soir, à la guitare. Et je ne repêche pas les épaves sous les ponts."

— Trouillot, Lyonel. Yanvalou pour Charlie, page 23. Actes Sud.

March 14, 2010
"Je ne suis pas poète. Je suis, comme chacun, mercenaire de moi-même et je n’ai pas l’arrogance de prétendre à une quelconque forme d’abondance de nature."

— Trouillot, Lyonel. Yanvalou pour Charlie, page 23. Actes Sud.

March 10, 2010
Yanvalou pour Charlie

Yanvalou pour Charlie Suite à mon passage à la librairie L’Atelier 9 la semaine dernière, la charmante libraire m’a conseillé Yanvalou pour Charlie, un roman de Lyonel Trouillot, écrivain haïtien né à Port-au-Prince. Après avoir parcouru le quatrième de couverture, le sujet m’a semblé intéressant au point de l’acheter et je ne regrette aucunement mon achat, loin de là.

L’intrigue de ce roman se passe principalement dans la ville natale de l’auteur où Mathurin, un des principaux protagonistes, est un avocat grimpant vite les échelons après s’être défait de ses racines de provincial.

Mais ce passé dont il se croit s’être déchargé pour mieux grimper se rappelle à lui avec force lorsque Charlie, un adolescent vivant dans un centre pour enfants abandonnés, débarque à l’improviste dans son cabinet. En tirant sur les cordes du passé, un lien s’établit entre les deux protagonistes. Notre bel avocat se retrouve ainsi à vivre une vie qui n’est pas la sienne.

Tissé avec une belle écriture (le passage pages 22 et 23 est tout simplement magnifique !) et appuyé par un solide scénario (non dénué de quelques faiblesses ici et là), c’est un des meilleurs romans que j’ai lu dernièrement.