Cela fait longtemps qu’elle est là. Elle connaît le paysage. Tant est-ce que l’on puisse parler de paysage dans le cas présent.
Elle reste là immobile, entourée d’un simulacre de nature, à attendre. Attendre que quelqu’un la regarde; objet de l’Homme dont le seul but est son confort.
Elle les voit. Certains montent, d’autres descendent. Parfois, ceux qui montent redescendent. Elle ne sait ni d’où ils viennent ni où ils vont. Certains montent vite. D’autres prennent leur temps, de force ou de gré.
Elle ne les comprend pas. Ils lui ont donné naissance puis posé là sans jamais prendre le temps, leur temps!
Des pas par centaines. Des pas par milliers. Comme si le salut de leur espèce ne tenait qu’à ça, à ce mouvement sans cesse répété.
Elle veut leur offrir du temps, le temps de la réflexion. Mais eux ne pensent qu’au temps, le temps de l’action.
Cela fait longtemps qu’elle est là. Elle connaît le paysage. Tant est-ce que l’on puisse parler de paysage dans le cas présent.
Note: ce billet a d’abord été publié en Anglais sur mon autre blog, The Blog self, le 13 mars 2010.
La semaine dernière, je marchais tranquillement sur le Pont des Arts après avoir mangé lorsqu’un nombre important de cadenas accrochés sur les côtés du pont ont attiré mon regard. Cela m’a interloqué. Qui aurait pu accrocher autant de cadenas sur ce joli pont et ainsi casser l’harmonie visuelle du paysage ? M’approchant de ces vils objets, j’ai commencé à remarquer qu’il y avait des noms écrits ou gravés sur la plupart d’entre eux. Etait-ce un happening ou une quelconque fête d’étudiants ayant “mal” tourné ? En regardant de près les noms, un schéma a commencé à prendre forme. Les noms venaient par pairs. Deux prénoms: un prénom de garçon et un prénom de fille. Oh, laissez-moi deviner… des amoureux?
De retour à mon lieu de travail, j’ai montré les photographies que j’ai prises à quelques collègues qui n’avaient pas la moindre idée de ce que cela pouvait signifier. J’ai alors frotté ma lampe magique Internet (Bing, appellée Google à une certaine époque) et la réponse me fut révélée.
Ces cadenas symbolisent l’amour d’où leur nom, lovelocks ou cadenas de l’amour en français (existe-t’il une relation avec Lovelock, Nevada ?). Le jour de la Saint-Valentin, les amoureux partiraient faire une promenade romantique en direction du pont, y accrocheraient leur cadenas avec leurs prénoms et jetteraient la clé dans la Seine (comme si elle n’était pas déjà assez polluée…) puis partiraient laissant derrière eux le symbôle de leur amour éternel (!).
Bien, je vais laisser parler le Parisien en moi. Je n’ai rien contre l’amour, loin de là. Cependant je n’aime pas la pollution, que celle-ci soit oculaire (de vils cadenas accrochés à un si joli pont au coeur de Paris), physique (tant de clés rouillant au fond de la Seine) ou de quelque autre nature.
Je fais appel à tous les accrocheurs de cadenas qui me liraient. Que diriez-vous, pour une fois, de garder votre amour pour vous ou d’en revenir à la gravure de noms sur les arbres (vous savez bien entendu que cela leur fait mal n’est-ce pas ?). Permettez-moi de retirer ce que je viens de dire. J’ai une meilleure idée: des tatouages permanents! De cette façon, vous verrez toujours le symbôle de votre amour où que vous soyez et pas toutes les pleines lunes lorsque vous vous retrouvez sur le Pont des Arts par pure coïncidence et que vous vous rappelez que vous y aviez accroché un cadenas. Et là, vous réalisez que les services de la Ville l’ont cassé et l’ont jeté à la poubelle…
Il m’arrive souvent d’aller faire une promenade après avoir déjeuner. Cela permet de “prendre l’air” comme on dit et de digérer. J’aime beaucoup marcher. La plupart du temps, mes promenades n’ont pas de but précis. Je me laisse guider au grès de mon humeur et du hasard. Ma promenade de ce vendredi 4 mars 2010 avait cependant un but : la librairie L’Atelier 9 au 59 rue des Martyrs dans le 9ème arrondissement. Vous m’accompagnez ? Un instant s’il vous plaît ! Le classieux Manu Katché souhaite nous accompagner par sa Musique. Une telle offre ne se refuse pas !
Notre promenade commence rue Laffite. Lorsque j’ai pris cette photo, je visais Notre Dame de Lorette et, plus loin, Le Sacré Coeur du haut de la colline de Montmartre, point culminant de Paris. Du coin de l’oeil, j’aperçois ce passant plongé dans son livre. Présage ?
La rue Laffite n’a rien d’exceptionnel. Elle est même assez impraticable pour les piétons tellement les trottoirs sont étroits. A la pause déjeuner, il y a d’incessants allers et venues et on est souvent tentés de mettre un pied en dehors du trottoir pour accélérer le pas. Je ne le ferais pas à votre place car, voyez-vous, je tiens à la vie. Les motards et les livreurs en tout genre se croient sur un circuit automobile. Même si la dame devant vous avance comme un escargot, je vous prierais de bien vouloir rester sagement derrière elle. Prenez plutôt patience et ancrez votre regard sur Le Sacré Coeur, fier et imposant du haut de sa colline.
Arrivés face à Notre Dame de Lorette, nous la longeons par la droite par la rue Fléchier. Je ne lui trouve pas de charme particulier à cet édifice. Je ne m’y attarderais donc pas.
Nous attaquons alors l’ascension de la rue des Martyrs. Et tout de suite nous remarquons la grande différence entre cette rue et la rue Laffite.
Ici, la vie est foisonnante, diversifiée. Le charme de cette rue n’est pas inscrit dans ses pierres ni dans ses rigoles. Il est mouvant avec les gens qui vont et viennent, qui s’assoient à un des nombreux restaurants tel l’Epicerie avec sa belle devanture et son aura de sérennité ou qui entrent et sortent dans un des nombreux commerces de la rue. Tout y est: de la boulangerie traditionnelle (ou qui s’en donne l’air pour attirer le chalant) à l’incontournable traiteur chinois, que je vous invite à contourner quand même, en passant par l’agence immobilière affichant des prix qui nous rappellent que la pierre vaut de l’or ou l’improbable magasin de chaussures.
L’Atelier 9 est situé encore plus haut. Continuons donc notre ascension. Maintenant que nous sommes situés à bonne hauteur, arrêtons-nous un moment et tournons la tête. Notre Dame de Lorette et son crucifix nous paraissent bien petits alors que cela fait à peine cinq minutes que nous l’avons salué d’un geste anodin, comme on saluerait la vieille dame acariatre qui habiterait notre quartier depuis des temps immémoriaux. Sur l’autre bord du trottoir, nous avons droit à une de ces expressions d’art descendu dans la rue; le camion de livraison taggué. So Parisian dirait-on outre-manche.
Nous voici enfin arrivés à destination. J’ouvre la porte de ce vaillant résistant qui fait des pieds de nez aux gros paquebots que sont la FNAC et Amazon et à leurs actionnaires vautrés sur les transats près de la piscine flottante. Le perron passé, je tombe tout de suite sous le charme de ce lieu chaleureux. La divine musique de Ballaké Sissoko et de Vincent Ségal nous accueille. Leur Chamber Music est sublime. Ce duo de Kora (mon instrument favori) et de contrebasse rend la vie plus légère et plus douce.
L’agencement de la librairie est bien pensé et invite à l’exploration. Nous ne sommes pas dans un supermarché du livre. J’explore donc les différents étalages et prend beaucoup de plaisir à feuilleter quelques pages par-ci par-là. Je n’ai pas d’idée vraiment précise sur ce que j’ai envie de lire alors je demande conseille à la libraire dont un chien au regard assez mélancolique suit le moindre pas.
J’ai lu Les Neuf Consciences du Malfini de Patrick Chamoiseau voici quelques mois et j’ai adoré l’écriture de Chamoiseau ainsi que la belle leçon de vie que donne un insignifiant colibri à un soit-disant majestueux rapace (le Malfini de l’histoire). Je recherchais quelque chose dans la même veine où l’on donne la part belle au maniement du verbe sans négliger l’histoire.
La libraire, habillée d’un beau et, me semble-t’il, sincère sourire et d’un regard qui en dit long sur sa passion pour son métier n’a malheureusement pas lu Chamoiseau mais cela ne la désarçonne point. Après une brève discussion, elle me propose quelques ouvrages tissés par une belle écriture et couvrant des humeurs variées. Après l’avoir remercié pour ces précieux conseils, je me lance dans les quatrièmes de couverture et dans la lecture de phrases ici et là, au gré des pages que j’ouvre par hasard.
Je prends mon temps, rien ne presse. Sur les quatre livres proposés par la libraire, j’en garde deux qui correspondent le plus à mon humeur du moment. Je laisse les autres pour un autre jour. Je passe par le coin bande dessinée avant de me diriger vers la caisse. Avant de partir, je demande l’autorisation de prendre les quelques clichés que vous voyez-là. Autorisation accordée bien entendue, et avec le sourire c’est encore mieux !
Il est temps de prendre le chemin du retour. Les nuages se font plus menaçants et un vent frais souffle. Mais cela n’a pas point d’importance. Le coeur est gai, le coeur est chaud.
Le soleil continue de briller à Paris même si les températures ne sont pas de la partie. Hier, ma promenade du midi m’a mené rue René Boulanger, que je ne connaissais pas.
D’ailleurs, cela fait maintenant douze ans que je vis en Ile-de-France, dont quatre à Paris intramuros. Et durant tout ce temps, Paris n’a jamais cessé de m’émerveiller. J’adore flâner dans ses rues et découvrir des petits coins de paradis, des endroits en dehors du temps où j’ai l’impression que je ne suis plus dans la même ville. Oui, je le clâme haut et fort. Paris permet de voyager tout en y restant.
Paris regorge de petits havres de paix où la vie se fait plus douce, plus agréable. Par exemple, si vous êtes à hauteur du Pont Neuf et que vous vous sentez fatigué ou ennuyé par l’incessant brouhaha des monstres mécaniques, allez vers la Place Dauphine, place assez enchanteresse et qui a le don de bloquer le bruit que vous venez juste d’abandonner derrière vous.
J’étais donc rue René Boulanger, remontant de la Place de la République vers la bouche de métro Strasbourg Saint-Denis. La belle musique jazzy de Michael Franks accompagnait mes pas et les rendait plus légers, plus aériens. Tenez, accompagnez-moi si vous le voulez bien:
Cette rue est assez agréable. A hauteur du Balbuzard café, il y a des petits bars et restaurants à la devanture sympathique ici et là mais aussi l’inévitable “épicier” du coin qui gâche un peu la vue avec son bric-à-brac ainsi qu’un restaurant marocain ou assimilé, horriblement décoré. Imaginez un concentré de Marrakech et de Tokyo dans quelques mètres de façade. A trop jouer la tradition modernisante ou le modernisme traditionnel, peu importe, on finit par ne plus savoir où l’on est.
Revenons un bref instant à l’épicier si vous le voulez bien. Je n’ai rien contre les épiciers, loin de là. Du moins, les vrais épiciers. Ceux qui prennent du plaisir à soigner leur vitrine pour s’intégrer à l’esthétique ambiante, qui ne font pas tâche ou verrue. L’épicier de la rue René Boulanger s’est tout simplement trompé d’endroit. Je l’aurais mieux apprécié avec son joyeux bric-à-brac haut en couleurs et sans queue ni tête dans une rue populaire de Casablanca. Mais nous n’allons pas nous froisser pour si peu n’est-ce pas ?
A un moment sur la gauche, j’arrive à l’embouchure d’une rue qui attire mon regard avec ses voûtes solides et fières. Un petit plaisir ? Oui, c’est cela même, merci de précéder ma pensée. C’est la rue Taylor.
Je suis resté à admirer ces voûtes et la façon dont la rue descend en contre-bas pendant un long moment.
Cela a du se voir car à un moment de ma sereine comtemplation, j’ai senti un regard posé sur moi et tournant la tête dans sa direction, j’ai entraperçu les yeux fuyants d’une demoiselle ayant prestement remis son masque d’indifférence, chers à nous autres Parisiens (ou assimilés).
J’entreprends de poursuivre mon chemin quand, soudain, une grande porte ouverte attire mon regard sur la droite. C’est la Villa du Lavoir, une propriété privée. Dommage, j’y aurais bien jeté quelques coups d’oeil. Cela m’avait l’air ancien, avec une histoire cachée entre les pierres, entresemées de verdure.
Je continue mon bonhomme de chemin jusqu’à la Porte Saint-Denis. Une vieil homme joue avec un enfant. Ils rigolent et cela m’enchante. Un petit plaisir ? Oui, c’est cela même, merci de précéder ma pensée.
Le soleil brille toujours. Content de ma petite promenade, j’arrive à hauteur de la bouche du métro. Il est temps que je vous donne congé chers lecteurs. A la revoyure !
Je profite souvent de mes pauses déjeuner pour aller faire une petite marche. Ca aide à se rafraîchir les idées, à digérer et à se sentir bien dans sa peau.
La marche est un peu mon “dada” comme qui dirait. J’en fais très régulièrement et je pense que c’est un des meilleurs sports qui existe. Ca nécessite très peu d’équipements, n’endommage pas les articulations et permet même de perdre du poids et de tonifier ses muscles si on s’y prend bien.
Le soleil brille aujourd’hui sur Paris. Il fait relativement doux. Après un léger repas, je suis vite sorti pour profiter de ce temps particulièrement clément. Non pas que la pluie ou le froid me gênent mais, voyez-vous, un peu de vitamine D ne fait pas de mal. De plus, cela permet de mieux se préparer à accueillir le printemps.
Accompagné de Nina Simone et de certains de ses titres mythiques, j’ai pris l’avenue de l’Opéra et je suis descendu tout le long jusqu’au musée du Louvre. D’habitude, j’ai une marche plutôt tonique et rapide mais là, j’avais plus envie de flâner et de profiter du moment présent. Comme je le dis souvent à qui veut bien l’entendre, le présent est un présent. N’y voyez point une médiocre tentative tautologique.
Arrivé à hauteur des pyramides du Louvre, j’ai pris mon temps pour traverser jusqu’aux bords de Seine où je me suis arrêté quelques minutes pour profiter du soleil et de la douceur de vivre. Cela m’a beaucoup rappelé la visite de Sascha en août 2008. Nous avions pour habitude de déambuler dans les rues de Paris, de se reposer là où le coeur nous en disait et d’engager de passionnantes discussions.
J’aurais souhaité avoir un de mes appareils photo sur moi pour immortaliser le moment, même si la lumière n’y s’y prêtait pas vraiment. Et c’est à ce moment que je me suis rendu compte que cela fait plus d’un mois que je n’ai pas pris de cliché. Le dernier remonte au 15 janvier. Je vais tâcher d’y remédier.
Après ces quelques minutes de repos, je suis rentré en déambulant place Colette avant de reprendre l’avenue de l’Opéra dans l’autre sens.
L’aller-retour m’a pris environ une heure. Un moment simple, agréable et qui ne coûte pas cher. Je ne saurais trop vous inviter de profiter de votre pause déjeuner pour aller prendre l’air.