— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 187. Editions du seuil (collection Points).
Photography, Music, Literature and everything else in between by Saâd Kadhi
November 25, 2010
"Raymond enrage qu’il ne s’éxecute pas assez vite, la photo est l’art de l’instant."
"Le temps n’est pas le même partout. Un décalage imperceptible, une distance se sont bel et bien creusés entre nous et ce qui faisait l’ordinaire de nos vies. Nous ne sommes plus dans le temps de l’Europe mais nous n’habitons pas vraiment celui de l’Afrique. Nous campons, tant bien que mal, dans ce déséquilibre du voyage qui tient les nerfs à vif mais l’âme en éveil."
— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 154. Editions du seuil (collection Points).
November 24, 2010
"L’Ethiopie nous paraît figée dans une interminable attente, impassible sous la poussée du temps, seulement rongée, en surface, sous l’accumulation des années. Existe-t-il dans le monde, beaucoup d’endroits comme celui-là ? Ici, la notion même de souvenirs me semble irréelle. Il manque je ne ne sais quelle trace ou distance pour étalonner le regard. Le temps est lisse, infini…"
— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 142. Editions du seuil (collection Points).
"La forme n’est pas forcèment la substance. Une même forme peut contenir des matières différentes. Les mots disent aussi tout ce que l’oreille n’entend pas."
— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 137. Editions du seuil (collection Points).
November 23, 2010
"Une belle tranquillité nous habite, sans rime ni raison. Tout voyage inclut, de loin en loin, ces bonheurs fugitifs qu’on dirait simplement offerts dans l’écrin d’un instant. Pure subjectivité, sans doute, sans vrai rapport avec la volonté ou la réalité d’un lieu ; émergence inopinée d’une harmonie venue du dedans plus que du dehors. Mais pourquoi ce moment-là ? Existe-t-il malgré tout, dans ces instants précis, une qualité particulière de la lumière, une odeur d’herbe, quelques sons épars dans l’atmosphère dont nous enregistrons, comme à notre insu, le parfait agencement ? Avions-nous crédité cette ville mythique aux quatre-vingt-dix-neuf mosquées, ce beau ruban de remparts percé de six portes et ces masures agglutinées à l’orée du désert d’on ne sait quelle grâce particulière qui nous serait, tout simplement, restituée ?
Je n’en sais rien. Nous sommes heureux à Harar. Peut-être suffit-il de dire les choses comme cela ?"
— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Pages 74 et 76. Editions du seuil (collection Points).
"C’est en Ethiopie que mes yeux ont vu des foules mourir de faim et des cadavres amoncelés sous les pierres, du côté de Woldia ou Mekele. Je dis bien des foules et des cadavres. Par centaines… C’était en 1973, sous le règne d’Hailé Sélassié, roi des rois, descendant prétendu de la reine de Saba et du roi Salomon, père du panafricanisme, victime emblématique du fascisme mussolinien, monarque enluminé d’un empire de légende que courtisait pieusement l’Occident."
— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 10. Editions du seuil (collection Points).
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