Paris. Le métro. Ligne numéro quatorze. Debout, me tenant à une barre métallique, froide, industrielle. Trop industrielle. Perdu dans mes pensées, à défaut d’avoir un abreuvoir à mots entre les mains.
Quelque chose me dérange. Quelque chose me sort de cette douce rêverie, de cette exploration mentale si vitale.
Elle. Debout aussi. Maigre et sèche. Son portable à la main gauche, ses cheveux dans la main droite. Elle regarde, se regarde dans le verre peu réfléchissant qui habille les portes de la rame. Tandis que sa main gauche s’affaire à composer des SMS, sa main droite n’a cesse de s’affairer dans ses cheveux, pourtant bien coiffés, trop bien coiffés. Cette façon qu’elle a de passer sa main dans ses cheveux, en se regardant et puis, de temps à autre, en regardant autour d’elle pour voir si le spectacle plaît en dit long sur elle.
Ce geste, cette exploration capillaire, je l’ai déjà vu maintes fois chez d’autres femmes. Est-ce un cri ? Un besoin d’attention ?
Ce geste, répétitif, insistant, m’a tiré de mon monde intérieur, de mon printemps personnel. Alors j’ai pris la perche qui m’était tendue et j’ai posé mon regard sur elle. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu. Ce geste, répétitif, je ne l’ai vu jusqu’ici que chez des femmes de faible consistance, qui ne tiennent pas la simplicité pour essentielle, vitale pour leur beauté.
Mes yeux essayent de voir son visage mais ne le peuvent pas. Dérangés, gênés par ses faux ongles, parfaits, trop parfaits. Encerclés par ses mimiques fatigantes, trop fatigantes. Ils essayent pourtant. Ils cherchent à faire abstraction de tout cela. Et puis ils trouvent son visage, enfin. Non, pas son visage. Plutôt un masque fait de cosmétiques, de fond de teint et de tous ces artifices. Ces artifices, symptôme d’une époque qui maquille les choses simples, qui maquille la vie et tente de mettre un voile sur cette réalité. Pourquoi ce besoin de se cacher, de se donner une consistance que l’on n’a pas ?
La différence avec la couleur et la teinte de ses bras est flagrante. Ma sensibilité en est froissée.
Vous seriez plutôt charmante sans ce prisme déformant que vous nous donnez à voir, ce masque pesant qui ne fait qu’accentuer la maigreur de votre sensibilité face aux choses simples et belles. C’est ce que j’aurais voulu lui dire avant de descendre de la rame.
A quoi bon ? C’est son choix après tout. Je me demande l’effet que cela fait de devoir se débarrasser de ce masque tous les soirs, pour le remettre le lendemain. Je me demande ce que coûte cette mise en valeur qui n’en est pas, qui sonne le faux. J’aimerais bien être là le soir, à ses côtés pour voir ce moment où elle retrouve son vrai visage et le voir. Vraiment le voir.