November 1, 2011
"Malheur à l’homme qui, oubliant son devoir de merveilles, a, par voeu de puissance ou d’avidité, trahi la main tendue et le rite de partage. Mais honneur à ceux qui vont et viennent et partagent avec l’autre la douceur de la halte."

— Trouillot, Lyonel. La belle amour humaine. Pages 166-167. Editions Actes Sud.

October 30, 2011
"Quel talent faut-il à un homme pour qu’au soir de ses funérailles on ne puisse penser qu’à la vie."

— Trouillot, Lyonel. La belle amour humaine. Page 163. Éditions Actes Sud.

October 27, 2011
"… la stabilité d’un système ne tient pas à ses vertus mais à sa maîtrise de la provocation. Il suffit de ne pas étaler son luxe sous le nez des autres et de leur faire croire qu’ils participent à la fête."

— Trouillot, Lyonel. La belle amour humaine. Page 153. Éditions Actes Sud.

June 14, 2010
"Nos pères détruisirent joyeusement, parce qu’ils vivaient à une époque qui conservait quelques vestiges de la solidité du passé. C’était cela même qu’ils détruisaient qui donnait assez de force à la société pour qu’ils puissent détruire sans sentir l’édifice se disjoindre. Nous héritons de la destruction et de ses résultats. De nos jours, le monde appartient aux imbéciles, aux coeurs secs et aux agités. Le droit de vivre et de triompher s’acquiert aujourd”hui par les mêmes moyens que s’obtient un internement à l’asile : l’incapacité de penser, l’amoralité et l’hyperexcitation."

— Pessoa, Fernando. Cité par Lapaque, Sébastien. Au Hasard et souvent, page 86. Editions Actes Sud.

June 12, 2010
"Dans le monde qu’on nous prépare, un monde de cinquantenaires à Rolex au poignet et à jolie fille au bras, nous allons mourir d’ennui. Et nous aurons perdu la seule chose qui donne un prix à la vie : l’absolu. Nous aurons perdu la poésie, les rêves et la gloire, les contes de fées, les Belles au bois dormant, l’amour courtois, le sourire de l’Ange du portail de la cathédrale de Reims."

— Lapaque, Sébastien. Au hasard et souvent. Page 69. Editions Actes Sud.

June 10, 2010
"Des lois, des caméras : voilà ce que sont capables d’imaginer ces gens pour faire rentrer dans le rang une jeunesse braillarde qui ne sait plus où elle habite. On veut bien croire que l’attachement au drapeau tricolore et à l’hymne national est important. Mais, comme l’autorité, cela n’a de sens que si cela va de soi."

— Lapaque, Sébastien. Au hasard et souvent. Page 13. Editions Actes Sud.

June 5, 2010
"Le monde est dur, le déluge le lave mais le recouvre aussi de boue. Après reviendront des multitudes de petits bonheurs, de bonté, d’amour, de miséricorde équilibrés par les crimes, les guerres, les villes anéanties, les enfants massacrés qui nous accompagnent aussi au fil de l’existence. Tout changera, mais le monde changera-t-il ? Ce sera toujours le monde où le déluge est possible et où l’homme ne peut le combattre qu’en se transformant lui-même."

— Bauchau, Henry. Déluge. Pages 147-148. Editions Actes Sud.

June 3, 2010
"Il a peint là le squelette terrifiant de l’arche. Aucune chair, rien que des membrures en attente. Ce squelette est immense, il déborde la colline, il dépasse nos forces et la rapidité avec laquelle Florian l’a édifié montre que le déluge approche. Ce squelette de couleur claire dit la puissance de la vie, venue au secours de la race des hommes. Le ciel qui se couvre annonce le début du déluge, et on voit que Florian pense malgré lui: Les hommes ne changeront pas. Ils seront toujours les mêmes, surchargés de désirs impossibles, et prêts à se précipiter, la tête haute, dans le malheur, les guerres et les famines."

— Bauchau, Henry. Déluge. Pages 135-136. Editions Actes Sud.

June 2, 2010
"Elle aimait le craquement solitaire des arbres lorsqu’on marchait dessous, et leur taille. Pas parce que les objets massifs l’impressionnaient en soi, mais parce que, devant eux, elle se sentait pleine d’humilité et parvenait enfin à envisager sa propre vie dans une perspective historique planétaire… Elle adorait l’idée que ces arbres lui survivraient. Et à quel point sa vie était minuscule, un clin d’oeil à l’échelle de l’univers. Cette pensée la rassurait. Elle ne se sentait pas insignifiante, seulement intégrée dans un long et vaste processus, hors de sa portée. Le monde, au-delà de sa vie et de ses désirs. C’était alors qu’elle ressentait ouverture d’esprit et générosité."

— Spiotta, Dana. Eat the document. Page 199. Editions Actes Sud.

June 1, 2010
"Il savait que, avec le temps, tous ses pincements au coeur s’estomperaient puis finiraient par disparaître. Il le savait parce qu’il avait déjà vécu des séparations auparavant, comme tout le monde. C’était triste mais, il fallait bien l’admettre, l’oubli constituait une libération lente et progressive. Cependant, être conscient de cela prouvait également que, quelque part, vous n’oubliez pas complètement les épreuves traversées. Seulement, elles s’estompent au point qu’on a presque l’impression qu’elles ont été vécues par quelqu’un d’autre."

— Spiotta, Dana. Eat the document. Pages 189-190. Editions Actes Sud.