December 15, 2011

Chant written by Duke Pearson and played by Donald Byrd. Issued as part of Blue Note’s BST-84124, A New Perspective. 1963.

Personnel: Donald Byrd (tp), Hank Mobley (ts), Donald Best (vibes), Kenny Burrell (g), Herbie Hancock (p), Burch Warren (b), Lex Humphries (d).

June 14, 2010
Robert Glasper, un fort talent pour le Jazz mâtiné de Groove

La journée fut assez éreintante. J’en ai connu de meilleures. D’ailleurs, quoi de mieux pour la finir en beauté que de se lover dans un endroit confortable et de laisser la musique de Robert Glasper me submerger ?

Ce pianiste Jazz est des plus fascinants. Je le suis d’assez près depuis la sortie de Canvas, son premier album chez Blue Note. J’adore particulièrement sa façon de saupoudrer ses compositions de rythmiques groovantes plus proche du Hip-Hop que du Jazz. Il est de cette nouvelle génération d’artistes Jazz tels Christian Scott ou Bob Reynolds créant de nouveaux paysages sonores dans un genre qui se prête relativement bien à toutes les digressions étant par essence un cheminement, une exploration.

Certes, d’autres ont commencé -avec succès- bien avant. Je pense notamment à Terence Blanchard ou l’immense Roy Hargrove. Mais il y a une certaine classe et une forme de retenue très plaisantes dans le touché de Robert Glasper.

Son second album, My Element, a confirmé tout le bien que je pensais de lui. Cet album reste parmi mes préférés. C’est avec un immense bonheur que j’écoute Of Dreams to Come ou l’excellente reprise du Maiden Voyage de Herbie Hancock.

Récemment, il nous a gratifié d’un troisième opus, Double Booked. Titre tout à fait justifié dans la mesure où Robert Glasper nous propose deux albums en un, d’une longueur totale de 72 minutes et quelques secondes représentées par douze très belles compositions.

Les six premières sont effectuées en trio classique avec Vicente Archer à la contrebasse et le très doué Chris Dave à la batterie (serait-il le frère caché de ?uestlove ?). Du bon, très bon Jazz qui se finit en beauté avec une relecture de Think of One de Monk. Et puis commence la partie Experiment, une expérience fort réussie à mon goût et qu’il faudrait prolonger car l’univers de Robert Glasper s’ouvre soudain à des sonorités plus groove, plus hip-hop avec la présence notamment de la voix si touchante de Bilal sur deux titres et l’apparition de Mos Def.

Un véritable plaisir que de sentir enveloppé par une telle sensibilité artistique. Il est rassurant de voir que de tels artistes existent encore. En parlant de voir, Robert Glasper fait partie de la programmation de Jazz à la Villette cette année. Mes billets sont bien au chaud. Qu’en est-il des vôtres ?

June 1, 2010
Hindi Zahra, un eclectisme à toute épreuve

Eclectique. Cultivée. Un peu envoûtante, un peu mystérieuse. Surprenante et attachante.

Ce sont là quelques adjectifs qui me viennent à l’esprit quand je repense à Hindi Zahra, une chanteuse qui a su me sublimer et me faire ressentir une joie immense hier au Bataclan; soit le 31 mai 2010.

A l’heure où j’écris ces quelques lignes, d’autres chanceux doivent être entrain de l’écouter au Bataclan où elle a enchaîné deux dates de suite. J’espère qu’ils apprécieront ce moment de grâce musicale et de générosité.

J’ai découvert Hindi Zahra voici quelques mois à travers Beautiful Tango, une chanson extraite de Handmade, son seul et unique album à ce jour. Cette chanson passait en boucle sur Radio Nova. Curieux, j’ai fait un tour sur YouTube où j’ai trouvé d’autres belles chansons de l’artiste telles qu’Imik Si Mik et Stand Up. La fraîcheur, un certain bonheur communicatif et l’éclectisme de ses compositions m’ont tout de suite plu.

Quelques jours plus tard Vibrations, un magazine que je tiens en haute estime, a hautement recommandé dans ses pages Handmade. J’ai aussi appris par la même occasion que Hindi était signée par Blue Note Records, un des meilleurs labels existants à mon sens.

C’est ainsi que je me suis retrouvé avec l’album au format CD et j’en ai beaucoup apprécié les multiples écoutes. Et, surprise, voilà que je vois qu’elle passait au Bataclan. Sans hésiter, j’ai commandé des billets et je me suis retrouvé un soir grisâtre à Paris le 31 mai à faire la queue un peu dubitatif par rapport au potentiel de la chanteuse sur scène. Car, voyez-vous, l’album bien que très plaisant à l’écoute n’en reste pas moins plutôt laid-back du genre qu’on écouterait dans son salon ou devant un coucher de soleil dont on ressentirait les chatoiements au plus profond de l’âme.

Après une première partie où un type seul avec sa guitare, un peu déjanté avec des bouts de Jeff Buckley sous amphétamine sous la peau et répondant au doux (sic!) nom de Oh! Tiger Mountain a assuré une prestation plutôt correcte, une longue attente nous fût imposée et j’ai commencé à trépigner un peu sur mon siège d’impatience. Figurez-vous que j’étais assis en haut de la salle et non dans la fosse. Merci, sans façon, j’ai déjà donné de ce côté-là.

Oui, l’attente fut longue. Mais l’attente fut récompensée. La salle fut parcourue par un sentiment de douce euphorie à l’arrivée de l’artiste et de ses acolytes. D’entrée de jeu, on se serait crus dans le salon de Hindi invités comme les meilleurs des amis. Un salon décoré avec chaleur et beaucoup de goût. Je me suis très vite senti à l’aise, comme si j’étais chez moi. Est-ce la magie berbère de la douce Hindi qui a opéré ? Peu importe. L’essentiel était de déguster les mets sonores qu’elle nous servait en guise d’apéritif. Je m’en suis délecté. Elle a su donner une tonalité et une profondeur à ses chansons qu’on ne retrouve pas sur la version album et c’est tant mieux.

Confortablement installé dans ce salon si agréable, je commencais à y prendre mes aises. Un peu trop d’ailleurs je pense car Hindi l’a remarqué et a sitôt fait de nous prendre à contre-pied. Déchaînée, ensorceleuse, voici que soudain elle nous embarque dans un voyage inter-sidéral à travers des paysages sonores très riches couvrant Soul, Funk, Reggae, Folk, Blues, chants festifs de tradition marocaine et même Rock/Metal!

Le danger d’une telle couverture est bien évidemment la dispersion et la mauvaise interprétation de tel ou tel genre musical. Point de dispersion ici car tout se tenait grâce d’une part à la voix de Hindi, très à l’aise dans tous ces registres, et d’autre part à l’excellent groupe qui l’accompagnait. Des guitaristes hors pair, une choriste qui se plaçait juste comme il faut, un claviériste qui saupoudrait un peu d’électro agréable sur le tout lorsqu’il n’était pas à la basse et enfin un batteur qui soutenait le tout sur ses épaules avec une classe et une efficacité que j’ai rarement constaté ailleurs.

Chère Hindi, je m’incline devant votre Majesté musicale. Je te remercie d’apporter tant de fraîcheur et de culture musicale à une scène où il n’est point facile de se distinguer. Je te remercie pour ta créativité et ta générosité; cette générosité qui nous a enveloppé du début à la fin et qui t’a fait te soumettre à deux rappels de notre part. Je suis arrivé dubitatif dans cette grisaille parisienne et reparti très heureux, le coeur léger et rassuré qu’il y a encore de très belles pépites dans un champ musical miné par les arrivistes et les vendeurs de soupe en brique.

Merci.