November 1, 2011
"Malheur à l’homme qui, oubliant son devoir de merveilles, a, par voeu de puissance ou d’avidité, trahi la main tendue et le rite de partage. Mais honneur à ceux qui vont et viennent et partagent avec l’autre la douceur de la halte."

— Trouillot, Lyonel. La belle amour humaine. Pages 166-167. Editions Actes Sud.

October 30, 2011
"Quel talent faut-il à un homme pour qu’au soir de ses funérailles on ne puisse penser qu’à la vie."

— Trouillot, Lyonel. La belle amour humaine. Page 163. Éditions Actes Sud.

October 27, 2011
"… la stabilité d’un système ne tient pas à ses vertus mais à sa maîtrise de la provocation. Il suffit de ne pas étaler son luxe sous le nez des autres et de leur faire croire qu’ils participent à la fête."

— Trouillot, Lyonel. La belle amour humaine. Page 153. Éditions Actes Sud.

February 24, 2011
"Je pense qu’il y a en chacun de nous une certaine énergie qui doit se décharger non dans des actions non inspirées par la raison, mais en art, en amour passionné ou en haine passionnée, selon les circonstances. L’extérieur respectable, la régularité, la routine - toute la discipline de fer de la moderne société industrielle -, ont atrophié les impulsions artistiques et enchaîné l’amour si bien qu’il ne peut plus être généreux, libre et créateur, mais doit être ou bien coléreux ou bien furtif."

— Russell, Bertrand. Essais Sceptiques. Editions les belles lettres. Traduction de André Bernard. Page 30.

November 25, 2010
"Raymond enrage qu’il ne s’éxecute pas assez vite, la photo est l’art de l’instant."

— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 187. Editions du seuil (collection Points).

"Le temps n’est pas le même partout. Un décalage imperceptible, une distance se sont bel et bien creusés entre nous et ce qui faisait l’ordinaire de nos vies. Nous ne sommes plus dans le temps de l’Europe mais nous n’habitons pas vraiment celui de l’Afrique. Nous campons, tant bien que mal, dans ce déséquilibre du voyage qui tient les nerfs à vif mais l’âme en éveil."

— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 154. Editions du seuil (collection Points).

November 24, 2010
"L’Ethiopie nous paraît figée dans une interminable attente, impassible sous la poussée du temps, seulement rongée, en surface, sous l’accumulation des années. Existe-t-il dans le monde, beaucoup d’endroits comme celui-là ? Ici, la notion même de souvenirs me semble irréelle. Il manque je ne ne sais quelle trace ou distance pour étalonner le regard. Le temps est lisse, infini…"

— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 142. Editions du seuil (collection Points).

"La forme n’est pas forcèment la substance. Une même forme peut contenir des matières différentes. Les mots disent aussi tout ce que l’oreille n’entend pas."

— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 137. Editions du seuil (collection Points).

November 23, 2010
"Une belle tranquillité nous habite, sans rime ni raison. Tout voyage inclut, de loin en loin, ces bonheurs fugitifs qu’on dirait simplement offerts dans l’écrin d’un instant. Pure subjectivité, sans doute, sans vrai rapport avec la volonté ou la réalité d’un lieu ; émergence inopinée d’une harmonie venue du dedans plus que du dehors. Mais pourquoi ce moment-là ? Existe-t-il malgré tout, dans ces instants précis, une qualité particulière de la lumière, une odeur d’herbe, quelques sons épars dans l’atmosphère dont nous enregistrons, comme à notre insu, le parfait agencement ? Avions-nous crédité cette ville mythique aux quatre-vingt-dix-neuf mosquées, ce beau ruban de remparts percé de six portes et ces masures agglutinées à l’orée du désert d’on ne sait quelle grâce particulière qui nous serait, tout simplement, restituée ? Je n’en sais rien. Nous sommes heureux à Harar. Peut-être suffit-il de dire les choses comme cela ?"

— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Pages 74 et 76. Editions du seuil (collection Points).

"C’est en Ethiopie que mes yeux ont vu des foules mourir de faim et des cadavres amoncelés sous les pierres, du côté de Woldia ou Mekele. Je dis bien des foules et des cadavres. Par centaines… C’était en 1973, sous le règne d’Hailé Sélassié, roi des rois, descendant prétendu de la reine de Saba et du roi Salomon, père du panafricanisme, victime emblématique du fascisme mussolinien, monarque enluminé d’un empire de légende que courtisait pieusement l’Occident."

— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 10. Editions du seuil (collection Points).