"Il me semble que moi aussi je commence à aimer les mots. J’ai le sentiment qu’ils me comprennent, qu’ils comprennent même davantage que je ne leur en dis, comme les bons psychanalystes. Ils sont à l’évidence plus intelligents que moi. Ils décrivent des cercles autour des événements, ils m’obligent à les voir sous un nouveau jour, ils restituent à chacun le mystère qui lui revient."
— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Page 90. Editions Stock.
"[…] j’ai pu suivre ainsi, pour la première fois, tout un discours en langue des signes. Laborit était seule sur la scène du théâtre. Les signes qu’elle faisait étaient traduits par une interprète assise au premier rang, qui tenait un micro. Mais elle gesticulait avec une telle fougue que l’autre peinait à la suivre. Elle agitait les mains avec l’habileté d’un prestidigitateur. Elle sortait des mots silencieux de chapeaux invisibles. Elle ne parlait pas d’ailleurs qu’avec les mains : son visage changeait constamment d’expression, éclairait chaque facette de son propos. Elle s’exprimait aussi avec son nez, avec ses yeux et avec sa bouche, qui n’a pourtant prononcé aucun mot. Elle m’a rappelé les actrices du cinéma muet. C’était un plaisir de la voir, d’autant plus grand qu’elle est de surcroît très belle…"
— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Pages 75-76. Editions Stock.