November 23, 2010
"C’est en Ethiopie que mes yeux ont vu des foules mourir de faim et des cadavres amoncelés sous les pierres, du côté de Woldia ou Mekele. Je dis bien des foules et des cadavres. Par centaines… C’était en 1973, sous le règne d’Hailé Sélassié, roi des rois, descendant prétendu de la reine de Saba et du roi Salomon, père du panafricanisme, victime emblématique du fascisme mussolinien, monarque enluminé d’un empire de légende que courtisait pieusement l’Occident."

— Raymond Depardon, Jean-Claude Guillebaud. La porte des Larmes, retour vers l’Abyssinie. Page 10. Editions du seuil (collection Points).

November 22, 2010
"Les langues sont des civilisations, des traditions, des histoires m’a-t-il expliqué en bon professeur. Chacune d’elles préserve un mystère qu’aucune entre ne connaît. Je dois aux langues que j’ai apprises bien des pensées que je n’aurais jamais eues sans elles. Chaque langue que je découvre garantit à sa façon ma liberté."

— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Pages 291-292. Editions Stock.

"« Rom » veut dire « homme » dans la langue des Tsiganes, a observé Magdalena dans un français impeccable. En roumain, on dit om comme en français."

— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Page 229. Editions Stock.

November 21, 2010
"Si j’entreprenais d’écrire l’histoire de France depuis que je suis arrivé dans ce pays, je commencerais à coup sûr par la suppression des vieux bancs en bois qui se trouvaient dans les stations de métro. Ils étaient de couleur bordeaux et servaient de lits aux sans-abri en hiver. On les a remplacés par des sièges individuels en plastique orange où personne ne peut plus se coucher. Une seconde innovation est venue parachever plus récemment l’oeuvre de la première : les portes qui fermaient les entrées des stations et qui leur assuraient une agréable chaleur ont cédé la place à des stores métalliques à clairevoie. La France de la fin des années 60 est devenue un pays froid."

— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Page 195. Editions Stock.

"J’aimerais bien savoir quand les hommes ont commencé à parler, à quel moment de leur évolution les moyens de communication plus rudimentaires dont ils disposaient jusque-là ont cessé de leur suffire. Quelle nécessité les a donc poussés à faire ce grand pas que constitue le premier mot ? Qu’ont-ils dit lorsqu’ils ont enfin parlé ?"

— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Page 94. Editions Stock.

November 20, 2010
"Il me semble que moi aussi je commence à aimer les mots. J’ai le sentiment qu’ils me comprennent, qu’ils comprennent même davantage que je ne leur en dis, comme les bons psychanalystes. Ils sont à l’évidence plus intelligents que moi. Ils décrivent des cercles autour des événements, ils m’obligent à les voir sous un nouveau jour, ils restituent à chacun le mystère qui lui revient."

— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Page 90. Editions Stock.

"[…] j’ai pu suivre ainsi, pour la première fois, tout un discours en langue des signes. Laborit était seule sur la scène du théâtre. Les signes qu’elle faisait étaient traduits par une interprète assise au premier rang, qui tenait un micro. Mais elle gesticulait avec une telle fougue que l’autre peinait à la suivre. Elle agitait les mains avec l’habileté d’un prestidigitateur. Elle sortait des mots silencieux de chapeaux invisibles. Elle ne parlait pas d’ailleurs qu’avec les mains : son visage changeait constamment d’expression, éclairait chaque facette de son propos. Elle s’exprimait aussi avec son nez, avec ses yeux et avec sa bouche, qui n’a pourtant prononcé aucun mot. Elle m’a rappelé les actrices du cinéma muet. C’était un plaisir de la voir, d’autant plus grand qu’elle est de surcroît très belle…"

— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Pages 75-76. Editions Stock.

November 19, 2010
"Ce n’est pas la mère qui transmet la langue maternelle, mais le quartier."

— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Page 77. Editions Stock.

November 10, 2010
"Les mots comprennent mieux nos peines que nos joies. Ils ont quelque chose de mélancolique, vous ne trouvez pas ?"

— Alexakis, Vassilis. Le premier mot. Page 327. Editions Stock.

October 14, 2010
"Il pleut sur San Sebastián. Un ciel noir, sans étoiles, a étalé son manteau sur la plage. C’est le fameux chirimiri qui tombe — cette pluie douce, mais têtue, insistante, persistante — comme une dépression. Qui vous mouille jusqu’aux os. Comme la dépression clôt vos yeux sur la vie."

— Gary, Alexandre Diego. S. ou l’espérance de vie. Page 108. Editions Gallimard.